1. L' INSURRECTION DE 1851
2. Martyr obscur du 2 décembre 1851
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LES INSURGES DE 1851.
DORNECY ET L'INSURRECTION DE 1851.
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| La cause. |
 Louis Napoléon Bonaparte |
Le futur Napoléon III, avait été élu Président de la République le 10 décembre 1848, au suffrage universel (masculin), à une énorme majorité. Elu pour quatre ans, il devait sortir de sa charge en 1852, et n'était pas rééligible. Les auteurs de la Constitution républicaine de novembre 1848, voulaient faire barrage à une perpétuation du pouvoir Bonapartiste. Fin 1851, devant l’impossibilité d’obtenir une révision constitutionnelle permettant sa réélection, Louis Napoléon Bonaparte, organise un coup d’Etat à la date du 2 décembre. Il noircit délibérément la conjoncture et s’en remet au jugement du peuple.
Les affiches annoncent au peuple de Paris que l’assemblée est dissoute et que le prince président a définitivement préféré le titre de prince, et bientôt d’empereur, à celui de président de la République. |
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| L’opposition républicaine. |
 Victor Hugo |
Une opposition Républicaine se fait entendre et le 3 décembre plusieurs barricades se dressent Faubourg du Temple à Paris.
Le lendemain, dans la Capitale une centaine de barricades se dressent.
Je suis tombé par terre
C’est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau
C’est la faute à rousseau
Gavroche
La résistance parisienne est faible et vite brisée.
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| LA NIEVRE |
La réaction sera plus vive dans quelques départements de provinces, dont la Nièvre.
Les événements se précipitent dans le village de Pousseaux.
Clamecy est déjà soulevé.
A partir du 5 décembre, lorsque l’annonce du coup d’Etat parvient en province, 27 départements se soulèvement.
Quatre jours plus tard, les mouvements de protestation sont réduits et les départements insurgés sont mis en état de siège.
Une violente répression menée par des colonnes mobiles, aboutir à l’arrestation de 30 000 personnes.
La condamnation de 15 000 personnes, soit à mort, soit à la prison, soit à la déportation au bagne de Cayenne
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| Soulèvement de Pousseaux |
Les insurgés se rendent chez un bourgeois, Pierre Bonneau, maire du pays qui a entreposé des armes chez lui. C’est sans doute pourquoi les hommes se présentent à la porte de la maison de Bonneau. Il fait nuit, seules la lune et quelques torches éclairent le lieu. Les insurgés réclament les armes, Pierre Bonneau refuse, ouvre brusquement les volets de sa chambre et met en joue les ombres qui s’agitent devant sa porte. Il n’a pas le temps de tirer. Deux balles l’étendent raide.
Dans les assaillants il y a Germain Cirasse, compagnon de rivière, Edme Lorin, maçon, Edme Saget, flotteur
Les trois hommes sont natifs de Pousseaux . Ils risquent la peine de mort.
Les insurgés se replient et quittent Pousseaux pour rejoindre Clamecy.
Dans les heures qui suivent l’échec du soulèvement de Clamecy, les insurgés de Pousseaux sont arrêtés.
Ils rejoignent les 600 détenus que la répression bonapartiste entasse dans la prison de Clamecy.
Pendant le procès, Cirasse nie avoir tiré, Edme Lorin nie aussi, seul Edme Saget avoue avoir déchargé son fusil sur Bonneau.
Pourtant,Cirasse est arrêté, condamné à mort et guillotiné, son frère et deux de ses neveux déportés.
Edme Lorin 10 ans de travaux forcés.
Edme Saget 20 ans de travaux forcés.
Germain CIRASSE, guillotiné pour l'exemple
(par Mr Maertens) Clamecy, le 30 juillet 1852, 7 heures du matin, au Chaume. Le jour se lève.
Au cœur de l'été, une belle matinée s'annonce. Sûrement pas un jour pour mourir….
La nuit s étirait encore quand Germain Cirasse, arrivé la veille de la prison de Bourges, fut sorti de sa cellule de condamné à mort.
« C’est l’heure ».
La nuit toujours quand un ciseau découpe le col de sa chemise, coupe ses cheveux au ras de la naissance du cou.
Les premières lueurs de l’aube l’enveloppent quand il remonte le Crôt Pinçon et jette un regard sur la ville. Et l'Yonne, silencieuse et belle, comme un ultime salut au compagnon de rivière.
La rivière.
Sa Vie.
Il franchit les derniers mètres de la pente qui mène au plateau des Chaumes.
Elle est là.
Il ne voit qu’elle.
Dressée depuis la veille, gardée par un détachement de cuirassiers.
La guillotine attend.
Un autre flotteur, lui aussi de Pousseaux, un nommé Cuisinier, l’accompagne ;
Germain Cirasse gravit sans trembler les marches de l’échafaud.
Il se tourne un instant vers une foule éparse et silencieuse. « Adieux mes amis je m’en vais. Vive la République »
Ce jour là, ce n’est pas la tête de Germain Cirasse qui tombe, c’est aussi la République que le bourreau écrase sur la bascule de la veuve.
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| La fin de l’insurrection à Clamecy. |
Les insurgés de Clamecy sont près de 4 000 hommes, Eugène Millelot leur chef, veut profiter de ces forces pour marcher sur Auxerre, pour soulever le département de l’Yonne et donner ainsi un but sérieux à l’insurrection. Mais les autres chefs reculèrent devant la difficulté de conduire ces bandes indisciplinées.
Pendant ce temps, les troupes rassemblées par le Préfet, accourent de Nevers, de Bourges, d’Auxerre, sont déjà rendues à Prémery. A marche forcée, elles parviennent en vue de Clamecy.
La ville est bâtie sur les pentes d’un coteau, élevé sur la rive gauche de l’Yonne et du Canal du Nivernais.
La colonne militaire gravit la colline en essuyant quelques coups de feu, et gagna un lieu nommé les Chaumes, au sommet de la hauteur. Ce point formait une position militaire importante.
Le préfet ne pouvant attaquer Clamecy avec deux cents homme, observe la ville en attendant les renforts déjà en marche.
Le général Pellion rejoignit la colonne du préfet avec le 41ème de ligne et le 10è chasseurs à cheval.
Les insurgés n’ont plus d illusion lorsqu’un habitant de Clamecy M.Guérin arriver le matin de Paris, leur dit que l’insurrection de Paris est écrasée et le Président remerciant les troupes de leur belle conduite.
La réunion à la mairie, va durer de dix heures à minuit, on délibéra. Mr Moreau, avocat, qui n’avait pris qu’une faible part aux évènements antérieur, parvint à décider ses amis politiques à céder.
Eugène Millelot, dont l’énergie fébrile soutenait encore les insurgés, consentit à se ranger à l’avis de M. Moreau.
La reddition fut résolue.
Un émissaire, M. Lyonnet, se rendit aux Chaumes, près du préfet, mais sa position ne fut même pas écoutée.
Il fut brutalement saisi et mis en état d’arrestation.
MM Moreau et Bretagne, venus peu après dans un but semblable, partagèrent le même sort.
Ne voyant revenir aucun de leurs parlementaires, les insurgés quittèrent la ville dans la nuit. La plupart sortirent encore armés et se réfugièrent dans les grands bois.
De nouvelles troupes arrivèrent encore, et des colonnes mobiles furent envoyées à la poursuite des insurgés qui fuyaient dans les environs. Communication avait été faite à tous les chefs de l’ordre du ministère de la guerre enjoignant de fusiller tout individu pris les armes à la main et de faire feu sur quiconque essayerait de fuir en présence de la force armée.
Ces ordres inouïs furent souvent exécutés.
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| La traque. |
Une grande battue fut organisée dans les bois au nord de Clamecy. Quatre bataillons d’infanterie, de l’artillerie et soixante-quinze cavaliers, enveloppèrent les bois et commencèrent un mouvement concentrique sur Clamecy. Un bon nombre de malheureux fugitifs furent pris. La plupart sachant le sort qui les attendaient, avaient le soins de jeter leurs armes avant de se rendre.
Quelques-uns résistèrent et des coups de fusil furent échangés.
Plusieurs républicains furent tués.
L’opération atteignit son but, on ramena un grand nombre de prisonniers. Les colonnes mobiles parcouraient toute la contrée, opérant des arrestations en masse et désarmant les villages. Fusils de chasse, pistolets, armes de luxe, les habitants étaient tenus de tout remettre à la troupe.
Des colonnes mobiles parcoururent en tous sens la Puisaye, pays boisé, montueux, coupé de haies vives et de chemins creux, assez semblable au Bocage vendéen, où les insurgés avaient trouvés asile.
Beaucoup de propriétaires se joignirent aux troupes dans ces battues, dont le souvenir est resté sous le nom de chasse aux rouges
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| L’ordre. |
L’ordre se rétablit promptement dans la Nièvre et dans l’Yonne, l’ordre matériel du moins. La tranquillité morale fut plus lente à venir après d’aussi grands déchirement, suivis d’une répression impitoyable. Cependant le vote du 20 décembre eut lieu dans le plus grand calme, et une immense majorité y ratifia le Coup d’Etat triomphant.
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| Les insurgés de Dornecy. |
Aman Jean: transporté en Algérie
Baron Edme: incarcéré un mois
Baron François: transporté en Algérie
Baron Hippolyte: transporté en Algérie
Baron Massé: incarcéré un mois
Baron Zélie: incarcérée à Nevers 7 ans
Bernasse Edme: incarcéré à Clamecy
Bonhomme Saint cyr: transporté en Algérie
Bonnotte Gabriel: condamné à la déportation. Mais est placé sous surveillance à Dornecy.
Bouillery Louis: transporté à Cayenne puis Transporté en Algérie
Boussard Edme: un mois de prison
Boyau François: transporté en Algérie
Boyau Jean Baptiste: transporté en Algérie
Chambon François: un mois de prison
Charpentier François: sous surveillance à Dornecy
Flamand: un mois de prison
Forgeot : un mois de prison
Forgeot Gabriel: transporté en Algérie
Gaillon François: (père) un mois de prison
Gaillon François Emile: transporté en Algérie
Gannier Françoise: placée sous surveillance à Clamecy
Gauché François: 15 ans de travaux forcés
Girault Edme: transporté en Algérie
Grenot Philippe: transporté en Algérie
Guenot Lazare: transporté en Algérie
Guimard Jacques: transporté en Algérie
Jacquard Antoine : lacé sous surveillance à Dornecy
Jacquard Claude: transporté en Algérie |
Jacquard Pierre: transporté en Algérie
Jouanin Jean Baptiste: blessé lors de L’insurrection et amputé d'une jambe. Décède le 8 juin 1870.
Judas Louis: interné à Dornecy
Labron Léon: interné à Dornecy
Léger Edme: un mois de prison
Léger Jean Baptiste: transporté en Algérie
L’Huissier François: transporté en Algérie
Maloigne François: interné à Dornecy
Mambon Edme: un mois de prison
Monnot Bernasse: emprisonné à Clamecy
Moreau François: transporté en Algérie
Parent Joubert: interné à Dijon
Petit Louis: transporté en Algérie
Robert Emile: condamné par contumace, ll passe 13 années en Angleterre, Irlande et Espagne
Saulge Jean Baptiste: transporté en Algérie
Siremain: un mois de prison
Sorgeot Gabriel: transporté en Algérie
Tapin François: transporté à Cayenne
Tapin Truchot: un mois de prison
Taupin Jean: transporté en Algérie
Tissier Jean: (fils) transporté en Algérie
Vico Jacques: transporté en Algérie
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| Le départ pour Cayenne. |
| Martyr obscur du 2 décembre 1851. |
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LOUIS BOUILLERY
" Je m’appelle Louis Bouillery. Je suis un déporté du 2 décembre.
L’Empire m’a tout pris"
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| LA NIEVRE avant le 2 décembre 1851 |
Le département de la Nièvre avait été mis en état de siège dès le mois d’octobre.
Depuis quelques temps des mesures rigoureuses contre les républicains avaient été prisent, une quarantaine était déjà en prison à Clamecy, et l ‘état de siège pesait de tout son poids sur le département. |
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| DORNECY au 5 décembre 1851. |
J’étais en train de graver une inscription sur une pierre tombale, lorsque mon beau-frère vient me voir et me dit « des inconnus suspects rôdent dans le pays, j ai l’impression qu’il se passe quelque chose. Tu auras tôt fait d'aller à Clamecy, afin de savoir ce qui se passe »
Arrivé à Clamecy, la ville est en effervescence. « On viole la loi ! On assassine la République. Toutes les communications sont coupées. PARIS résiste ». Un Comité des principaux républicains de Clamecy s’est formé.
On me dit ;
« Retourne vite dans ta commune, fais battre la générale et sonner le tocsin, rassemble tous les républicains et marchez sur Clamecy. Il y va du salut de la République.
Arrivé à Dornecy, je vais chez le marguillier pour qu’il donne les clefs de l’église.
Il est fort, ne veut pas les donner.
Promptement je les arrache du crochet de la porte.
Je les lance à mes compagnons.
Le marguillier me ceinture. Bagarre.
Je trouve mes compagnons sur le parvis de l’église en train de discuter de la marche à suivre.
Ils étaient hésitants.
Je leur dit : « Vous ferez ce que vous voudrez, moi, j’ai fait mon devoir »
Quelques instants plus tard le tocsin sonnait.
Les roulements de tambours mêlés au tocsin sonnaient de tous côtés, venant des communes environnantes.
Le maire, prévenu pas le marguillier, se présente devant l’église. Il avise un groupe et crie, « arrêtez-les », « arrêtez-les » Quelqu’un s’avance et dit : « Si vous faites un pas de plus, je vous tue »
Il menace avec un fusil à pierre non chargé. Le maire, après le succès du coup d'Etat, prit sa revanche. |
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| L’EMPRISONNEMENT. |
J’ai été arrêté le 8 décembre 1851 à Villiers sur Yonne. Six hommes m’ont emmené à Tannay, devant le maire Michel, qui donne l’ordre aux gendarmes de me mettre en prison.
D’heure en heure arrivent les gens qu’on arrête. C’était une vraie chasse à l’homme.
Le lendemain 9 décembre on nous conduit à Clamecy, debout dans une charrette.
On nous laisse pêle-mêle dans une chambre où nous pouvons à peine respirer, nous sommes restés trois jours, sans pain, sans eau et sans se coucher tellement nous étions serrés. Le soir du 11 nous avons été trié, ceux qui devaient partir se mettent en rang dans la cour.
Le 17 devant le capitaine rapporteur qui m’interroge sur ma part prise à l’insurrection, j ai eu un mouvement d’épaule. On me faisait un crime d’avoir obéi à la Constitution. On nomma une Commission qui devait décider s’il fallait nous fusiller : oui ou non. Un ordre venu de Paris n’autorisa pas les exécutions sommaires.
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| 1852 |
Ma condamnation est décidée. J’étais désigné pour la fournée du Conseil de guerre.
Je reste en prison vingt et un jours. Un grand nombre de mes compagnons tombent de maladies, tous atteints de diarrhée.
L’odeur infecte du baquet, sur lequel on allait à chaque instant, nous donnait un tel dégoût, qu’il nous était impossible de manger.
Le 21 février, je suis appelé devant le Conseil de guerre. Malgré l’éloquence de mon défenseur, je n’ai pas pu obtenir mon acquittement. Je suis condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée. Pendant ce temps, la guillotine est dressée à Clamecy Cirasse et Cuisinier sont exécutés. Le 11 mars, je vois ma femme et mon fils, j’en étais privé depuis mon arrestation. On nous laissa une demi-heure. Un rayon céleste d’innocence et de bonheur entre dans ma cellule .C ‘est l’heure….Mon fils se serre contre moi.
Le sacrifice que j’avais fait à la Patrie et à la République devenait insupportable.
Qu’allait devenir la famille que j’avais fondée.
La voie de ma conscience me disait « tu as fait ton devoir »
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| 1er MAI |
A deux heures de l’après-midi on nous a mis les fers aux pieds. La nuit se passe au cachot. Au jour, on nous met les fers aux mains. Transfert à Nevers.
Le 11 juin ma femme peut venir me voir. Elle reste trois jours et obtient une permission tous les jours.
La dernière entrevue se fait à travers un guichet sous l’œil d’un gardien.
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| 1er SEPTEMBRE |
Avertissement de départ, coupe de cheveux et de barbe, sous la surveillance de l ex-commissaire de Clamecy, nommé à Nevers, en récompense de ses bons services à l’Empire. Nous partons de la prison le 5 septembre à sept heures du matin, en diligence, avec les fers aux pieds.
Clamecy, Auxerre, Troyes, Brinon-l’Archevêque, Saint-Forentin, Clairevaux. Puis direction Toulon. Nous arrivons à Toulon après 5 JOURS et 5 NUITS D’HORRIBLES SOUFFRANCES ; Nos jambes sont enflées, nous ne pouvons tenir debout.
On nous jette au bagne.
On nous donne un peu de paille et 20 centimes par jour pour notre bouillon et notre ragoût. Nous logeons dans des casemates très obscures, et nous n’avons comme promenade qu’un fossé du fort qui recevait les égouts.
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| 1853 |
| 1er MARS |
| Le commissaire du bagne nous annonc que notre peine de déportation dans une enceinte fortifiée vient d’être commuée en 15 ans de travaux forcés, et qu’il fallait à l’instant choisir entre le bagne de TOULON ou celui de CAYENNE. Ils ont choisi pour nous….Ce sera CAYENNE. |
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| 22 AVRIL - Notification du départ pour le 24 |
 Convoi de forçats, morne troupeau aux têtes courbées. |
Nous quittons le port de Lamalgue, escortés par une compagnie de grenadiers et une compagnie de voltigeurs qui chargent leurs fusils devant nous.
Nous embarquons sur la gabarre l’ALLIER. Les repris de justice à tribord
Nous, à bâbord. Le lendemain 25, à midi, les voiles s’enflent, la déportation commence.
Gros temps dans le golfe du Lion.
Le 26, grand vent, le navire dévie de 5 nœuds.
Le 27, calme plat
Le 28, en vue des côtes espagnoles
Le 1er mai, vent favorable
Le 3 mai, vent contraire
Le 5, mer affreuse, mal de mer général
Le 10, mort d’un matelot, quelques jours après mort d’un forçat.
Le 1er juin, nous passons Gibraltar
Le 4, les Canaries
Le 10, Ténériffe
Le 15, nous entrons dans une zone de chaleur torride
Le 5 juillet, la vigie crie : TERRE
Nous arrivons en face de l’Ile le père et la mère, où nous jetons l’ancre.
Le lendemain, route sur les îles du Salut, où les forçats sont débarqués. Nous restons à bord.
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| Le 7 juillet - Attente au seuil du Pénitencier |
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Transbordement sur le Styx, qui nous transporte à l'île la Mère, à 36 km des îles du Salut, et 12 km de Cayenne. La traversée aura duré 75 jours.
Sur l’île la Mère, nous sommes surveillés par des gendarmes et gardés par les soldats du 3ème régiment d’infanterie de marine.
Un appel nominal a lieu trois fois pas jour.
Nous sommes cantonnés dans 20 baraques en planches avec comme couchage des hamacs.
Et les maladies ne se font pas attendre ;
Le 16 juillet, pris d’une violente fièvre, j’entre à l’hôpital, et j'y reste 14 jours.
Le 25 août, nous sommes transportés sur le Styx, direction l’île Saint-Joseph. Elle s’élève à environ 20 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son sol est rocheux et calciné, peu fertile.
On nous impose la coupe des arbres et le défrichement des deux tiers de l’île. Fin septembre, mort de Trotet de Clamecy,
12 octobre, mort de Cuisinier de Pousseau
10 décembre, mort de Tapin de Dornecy
Le 18 novembre, j’entre à l’hôpital de l’île du Salut, pour une dyssendrie.
Le 25 décembre, après 37 jours d’hôpital, je reviens à Saint-Joseph. Mal soigné, quatre jours après, je suis de retour à l’hôpital. J’en sortirai que le 7 janvier ;
Malgré mon extrême faiblesse, je suis forcé de me mettre au travail. C’était le moment où l’on nous retira un quart de vin, il était trop cher, nous disait-on, en France. Par dérision, on nous invitait à aller en Crimée, pour boire à la santé de l’Empereur. Défrichement du sol, exploitation forestière, travaux d’utilité publique, sont rendus très pénibles par le climat déprimant, surtout à l’intérieur du pays ou la brise de mer ne pénètre pas et ou la chaleur humide et suffocante dégage du sol des miasmes malsains. Sous la surveillance de gardes armés, les équipes vont chaque jour dans la forêt couper les arbres.
Je suis encore malade, et le 7 avril j’entre à l’hôpital, pour en sortir le 28.
Pendant ce temps, mes camarades de Saint-Joseph, ayant refusé d’obéir à un règlement qui leur enjoignait de monter la garde, il s’en fallut de peu que la troupe ne tire. On nous traite avec la dernière rigueur jusqu’au 15 février 1855.
Exemples de punitions :
Pour quelques bananes cueillies, on nous met au poteau ou aux fers ou en cellules pendant 15 jours, 1 mois ou 2.
Pour une ligne au bord de mer, suppression du quart de vin de 8 jours à 1 mois.
La fièvre jaune et la dyssenterie font des ravages parmi nous. On nous transporte à l’île du diable.
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| 1856 |
Le 14 juin, nous quittons l’île du Diable pour Cayenne. Notre destination était Bourdat, à 6 km de Cayenne. Nous avions de vieilles huttes, remplies de moustique et de maringouins.
La plupart d’entre nous tombent malades, atteints d’une fièvre violente. Je suis resté 11 jours à l’hôpital. |
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| 1857 |
Le 1er janvier, on me signifie la commutation de peine en internement en Algérie.
Le 18 mai, je monte à bord de la goélette l’île Madame.
Le 4 août nous débarquons à Brest.
Nous sommes reçus par les gendarmes et les douaniers qui fouillent nos malles, ensuite direction la prison.
Installé dans la prison, j’ai pu écrire à ma femme que j’étais de retour.
Elle m’envoyait un peu d’argent, et demande s’il est possible de me rejoindre.
Je l'ai réconforté de mon mieux en lui disant que nos souffrances touchaient à leur terme, et que je serai libre en Afrique.
Le 14 août, direction Marseille que nous atteindrons le 20. Prison du Palais de Justice de Marseille, où, on nous sert pour toute nourriture la soupe deux fois par jour. C’était trop peu pour des hommes très affaiblis.
On nous conduit au fort de Saint-Nicolas, pour 8 jours avant notre départ.
Embarquement pour l’Algérie.
Débarquement et conduite en prison par les gendarmes.
Le soir, on nous dit :
« Vous n’êtes pas prisonniers, mais seulement internés dans la ville - Sous surveillance, bien entendu ».
Les jours suivants, nous avons cherché du travail, les chefs de chantiers nous ont fait très bon accueil, les proscrits de l’Empire, on les aimait à Alger.
Le hasard a voulu que je connaisse Beaufils de Chevroches, village proche de Dornecy, et Milandre de Clamecy, tous les deux tailleurs de pierre comme moi.
Ils m’ont embauché.
C’est alors que j’ai pu faire les démarches pour que ma femme et mon fils viennent me rejoindre en Algérie.
Après consentement du ministère…..
Je me suis blessé au pied, la blessure s’envenime et je suis obligé d'aller à l'hôpital.
Pendant ce temps ma femme et mon fils voyagent vers l’Algérie. Elle débarque, personne pour l’attendre. Pourtant après renseignement, on l'a menée sur le chantier où je travaille. Elle n’a pas reconnu Beaufils, pourtant l’un de nos amis. Il lui raconte mon histoire d’accident au pied et ils décident de se rendre à l’hôpital.
Il fallait une autorisation.
Mr Lassassaigne, directeur de l’établissement, qui avait une grande considération pour les proscrits, a obtenu rapidement l’autorisation nécessaire pour ma femme et mon fils. Joie des retrouvailles
Gustave, mon fils avait 20 mois lorsque je suis parti, il en a 8 ans maintenant.
« Enfin s’écria-t-elle, dans une étreinte, nous voilà libres ».
« Oui, libre de rester en Algérie ». Nous sommes restés 2 ans, puis nous ne sommes rentrés au pays qu’après l’amnistie, fin septembre 1859.
Un autre garçon est né. Edouard.
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| Je m’appelle JULIENNE BOUILLERY |
Nous sommes à Paris.
Trente ans ont passé sur les proscrits de l’Empire.
La République, ressuscitée, est debout depuis dix ans, plus forte que jamais.
Mon mari est mort en 1873, d’un mal de poitrine rapportée de Guyane.
Mon fils Edouard meurt à 18 ans du même mal de poitrine que son père.
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| 1881 |
| Les Chambres françaises ont voté une loi de justice à l’égard des proscrits de l’Empire qui ont survécu à leurs misères. |
| 1885 |
| Mon fils Gustave est mort, mort comme son père et son frère. |
| 1886 |
J’ai pu sauver de l’oubli la mémoire de mon mari.
Le Conseil municipal de Paris lui a donné une place d’honneur, martyr obscur, au cimetière du Père-Lachaise. Sur sa tombe, cette inscription : |
LOUIS BOUILLERY
1823-1873
AU DEFENSEUR DU DROIT ET DE LA LOI
A UN MARTYR DU DEUX-DECEMBRE
DON DU CONSEIL MUNICIPAL
CONCESSION A PERPETUITE |
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| Nous avons tant souffert |
 « Charlotte » devant la tombe de Louis Bouillery, au Père-Lachaise. |
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| Cimetière de DORNECY. |
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| BARON HIPPOLYTE, ANCIEN PROSCRIT |
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