Le pitaud


Orphelin, je portais au cou, accroché à un collier, mon numéro        de l'Assistance Publique

j'ai été abandonné à l'âge de vingt mois.

Je ne me souviens plus de ma petite enfance. J'ai été confié, après mon admission à l'Assistance Publique vers un hospice pour enfants à Connerré dans la Sarthe, à Madame Loriot qui habitait au "lieu dit" Les Epinais",commune de Saint Michel de Chavaignes. Eugénie avait l'habitude d'élever des enfants de l'AP. Le couple Loriot recevait tous les trois mois le paiement d'une pension.

                       

Puis chaque année, une vêture suivant l'âge des enfants.
Que dire sur le couple Loriot?

Tous deux exploitaient quelques hectares de terre. Ils possédaient un cheval et deux ou trois vaches pour avoir du lait, de la crème et du beurre qu'ils vendaient élevaient de la volaille, vendaient des oeufs et des lapins à des ramasseurs. Ils vivaient chichement.

 

Dès l'âge de 4 ou 5 ans, Eugénie m'a annoncé que j'étais seul, sans père ni mère, enfin un pitaud.

J'ai beaucoup pleuré lorsqu'elle m'a rabroué en me disant "je n'suis point ta mère", cette phrase dans le patois local.

Je grandissais mais je pleurais souvent : Je me cachais dans une ancienne porcherie.

Je noyais mon  chagrin, j'avais conscience que j'étais seul.

Plus âgé, j'aidais lors des travaux à la petite ferme. Dès l'âge de 6 ans, j'ai fréquenté l'école communale de St Michel de Chavaignes.

Les enfants de l'AP étaient particulièrement suivis dans leur travail d'écoliers, et aussi au point de vue santé.

         L'hiver, il fallait mettre du bois dans le poêle...

Beaucoup d'élèves présentés au Certificat d' Études Primaires à Bouloire obtenant leur diplôme.

                                                             

J'étais de ceux là. Le Directeur m'a offert le choix d'un métier, soit jardinier paysagiste, ou maçon tailleur de pierre. J'ai opté pour de dernier métier.

En attendant de rejoindre l'école professionnelle, j'ai été loué, un 24 Juin, jour de la saint Jean, comme garçon de ferme à "La Touche" à St Michel, pour 800 fr par an.

C'était le début des années 30, j'avais 13 ans. J'y suis resté jusqu'au 1er septembre de la même année.

Une dame que l'on appelait "convoyeuse" m'a accompagné à l' École Professionnelle, rue St Lambert à Paris dans le 15ème arrondissement. J'y suis resté plusieurs années comme interne. J' étais heureux, j'avais une chambre comprise dans un grand dortoir, avec lavabos douches et cabinets de toilette. Moi qui sortais d'une campagne reculée, je me trouvais privilégié.

J'ai appris la taille de pierre.

         

A la fin des trois années, au brevet professionnel, j'ai été reçu Premier apprenti de France !!!!

Une médaille d'argent à mon nom m'a été remise. J'en étais fier.

Puis, j'ai été embauché par un entrepreneur de la région parisienne dans la profession. J'ai travaillé à Paris à la Sainte Chapelle, à la Tour St Jacques, puis en banlieue ....
Mon travail consistait à restaurer des sujets d'églises classés par les Beaux Arts.

Cimetière de Dornecy

pose de la plaque que j'ai gravé dans le marbre pour la tombe de Marié Davy.

 

La pierre devient un puit, le puit tableau.

Roger.D.





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