BARLIN (Pas de Calais)

Le travail dans la mine

Les mineurs

 

Puits de Bruay n° 3

Vers l année 1948
Cette petite ville minière ou j ai passé ma petite enfance, chez ma tante.
J’habitais un coron.
Ces maisons qui étaient construites de chaque côté de la rue, sans espace, tout le long de la rue, une porte, une fenêtre, puis une autre porte…..Derrière la barre des maisons, il y avait un petit jardin, ou, chaque mineur, cultivait ses légumes…
Nous étions pauvres mais pas malheureux.
La guerre venait tout juste de finir.
La maison comprenait seulement une pièce avec la cuisinière, la table de la cuisine, le buffet, et une chambre….pas de salle de bain, rien…Les wc dans le jardin la petite cabane, avec pour s’asseoir des planches avec un trou…..
Mes oncles revenaient de la mine, la fosse disaient-ils, fosse n° 9 ou 7
Ils étaient par groupe de 4 ou 5, vêtus de leur vestes et pantalons de grosse toile, les visages étaient noirs de charbon ; les casques munis de la lampe frontale vissés sur la tête, la musette à l’épaule ou dans le dos, ils parlaient fort, et au fur et à mesure du chemin, chacun rentrait chez lui…..
Alors commençait pour la femme le lavage de son homme.
Elle faisait chauffer l'eau dans une grande bassine, lui debout dans cette eau, subissait les assauts de la brosse à chiendent, et du savon noir, la poussière de charbon était si tenace !
Puis épuisé par le travail du fond de la mine, mon oncle faisait le tour du jardin, ou, là, il rencontrait le voisin, mineur comme lui, mais Polonais….Ces Polonais si gentils, avec leur drôle d accent, pour moi.
L’argent manquait et tous les foyers de mineurs faisaient leurs achats à crédit….Oui, à crédit, la paye était à la quinzaine….chaque quinzaine ma tante faisait le tour des commerçants pour régler l’ardoise, et refaire le crédit nouveau…..Même au cinéma, nous allions à crédit !
Je jouais avec mes copains sur le terril du bout de la rue.
La couleur était le noir.
Bien sûr.
Le dimanche, après la messe, nous étions tous réunis autour d innombrables tartes de toutes sortes, et du café, toujours sur le bord de la cuisinière.
Puis
Steak et frites.
Et vers 17 h tartes, encore et café toujours.
Et même l’hiver, le marchand de glace, avec son triporteur, nous faisait précipiter vers ces friandises ! ! !

Puits de noeud n° 13

Ces années là, je trouve que le froid était plus vif que maintenant, et pour se réchauffer, il fallait ouvrir l’abattant du four de la cuisinière et enfourner les pieds et les poser dessus ….
Le médecin était gratuit, ainsi que les médicaments.
Le charbon pour se chauffer était aussi gratuit, c étaient des boulets de charbon, des gaillettes.
Le sport était le foot, déjà.
Les hommes se réunissaient au stade, pour les matches inter ville.
Les footballeurs avaient des noms Polonais !
Puis ils allaient à l’estaminet, boire un coup et jouer aux fléchettes
Le soir ma tante préparait le briquet, comme on dit dans le nord, le casse croûte,
Retour à la mine, au petit matin.
Vêtements propres, casque sur la tête, lampe, musette…

Mineur


Le Dieu charbon les attend.
Il prendra leur vie, par les explosions, l’usure du travail, et la maladie appelée la silicose.
Les poumons plein de poussière de charbon, ils mouraient étouffés, je sais j ai vu.
Malgré tout, cette famille était pleine de joie, peut-être justement à cause du danger.
Maintenant il n y a plus de mine, plus de terril, plus de coron, mais de toute façon, l’enfance est bien loin.
Les moments de vrai bonheur, c’était la venue de la Ducasse, la fête. Les forains installaient les manèges, les loteries, les tirs, les barbes à papa, les glaces,
Nous tournions tout autour d’eux, en train d’installer, d’assembler, le taper, sans précipitation,
Et, les parents donnaient le reste d’argent, pour que la fête soit complète. Il ne restait rien des sous de la quinzaine à venir…..
Combien de tours de manèges…..avons-nous fait avec mes cousins et cousines….
Après mon retour dans la région parisienne, toutes les années, je retournais à Barlin pour la Ducasse.
Ma dernière visite fût en 1969.
Mon grand’père est descendu au fond de la mine à 12 ans.

Dans le coron

Bureau de poste et rue de l'église

La grande place

<< table

Retour

  20 ème siècle
 

 

1.BARLIN (pas de Calais)